 |
Lors d'une promenade attentive à la cathédrale d'Amiens, le visiteur peut s'étonner de trouver les signes du zodiaque nichés dans des médaillons sculptés sur le portail nord. Une iconographie païenne qui, a priori, semble incompatible avec la vocation catholique du monument. Une représentation astrologique qui trouve néanmoins ses raisons dans l'histoire de la religion et des cathédrales du Moyen-âge.
Sur le portail nord de la cathédrale d'Amiens, le portail Saint-Firmin, du nom du premier évêque d'Amiens, une suite de médaillons abrite les douze signes du zodiaque. A l'extrémité gauche, le signe du Cancer, signe du solstice d'été. Comme chaque signe, il est superposé à un deuxième médaillon illustrant une scène de la vie agricole pour la même période de l'année. Pour le Cancer, il s'agit de la fenaison.
L'astrologie, née en Mésopotamie environ 4.000 ans avant l'ère chrétienne, incarne un univers apparemment inconciliable avec celui d'une cathédrale catholique… Initiée par les Sumériens, prolongée par les Egyptiens et les Grecs, très en vogue à Rome tandis que les premiers chrétiens sont persécutés, l'astrologie procède d'une vision du monde si différente du catholicisme qu'au début de la chrétienté elle est bannie par l'Eglise de Rome. Moins prisée au Moyen-âge, elle reprendra place progressivement au XIIème et au XIIIème, au point que Saint-Thomas d'Aquin l'inclura dans sa réflexion. C'est au cours de cette période de renouveau astrologique que la cathédrale d'Amiens est conçue.
La situation sur le portail nord, côté ville basse, des douze médaillons reprenant les signes du zodiaque n'est pas due au hasard. C'est une volonté des bâtisseurs que de placer cette symbolique du côté des quartiers de la ville où résident les deux tiers de la population. Une population moins aisée qui n'a pas accès à l'éducation, et qui subit jusqu'à 85 % de mortalité infantile. Il est indispensable de s'adresser à elle en termes imagés et en reprenant ses références. Surtout si l'on souhaite remplir une cathédrale conçue pour accueillir, lors d'une même cérémonie, l'ensemble des 10.000 habitants de la cité !
L'Eglise, incluant la symbolique astrologique, thématique populaire, dans la sculpture de l'édifice, poursuivait donc une finalité qui était la raison d'être, l'essence même du monument. Elle démontrait même une faculté d'adaptation et de tolérance tout à fait remarquable vis à vis des courants de pensée de son temps.
Côté sud, le portail est consacré à la Vierge Mère. Il offre une entrée aux amiénois plus instruits des thèmes de l'Eglise, les habitants de la ville haute, religieux et commerçants pour l'essentiel.
Deux portails latéraux, deux ventricules pour un lieu dont la vocation est de devenir le coeur de la cité. Deux entrées aux langages différents appuyées à celle, centrale et unanime, du grand portail occidental abritant 'Le Beau Dieu', la statue du Christ bénissant.
Pierre-Dominique Duriez. Photo: PicardieWeb.
Remerciements à Thierry Sanchez et Jacques Blanrue.
|