Metteur en scène, organisateur de spectacles, cinéaste,
Pierre Jourdan a été à l'initiative de la résurrection du
Théâtre Impérial de Compiègne.
Depuis toujours, ce picard d'adoption travaillait avec passion à la défense et à la promotion de la musique française. Une action qu'il menait avec le
Théâtre Français de la Musique et dont le rayonnement a porté, en novembre 2003, jusqu'au Covent Garden de Londres.
Pierre Jourdan est décédé en août 2007.
Entretien réalisé en 2004, avec l'un des très grands acteurs de la musique.
PicardieWeb: Depuis toujours, votre parcours est motivé par la défense de la langue française et votre amour de l'opéra. Il conduira au projet du TFM et à la découverte du théâtre inachevé de Napoléon III. Comment avez-vous vécu cette aventure que fut la reprise d'un chantier abandonné en 1870 ?
Pierre Jourdan: La découverte du Théâtre Impérial fut, pour moi, une expérience capitale. J'habite en Picardie, à Fleurines. Lors d'un dîner dans la région, j'exprime mon souhait de créer le Théâtre Français de la Musique et confie que je suis à la recherche d'un lieu. Mon interlocuteur, conseiller culturel régional, me signale quelque temps plus tard l'existence d'un théâtre à l'abandon, près du château de Compiègne. Je m'y rends donc. Même le café d'en face en ignorait l'existence. Découvrir cette magnifique architecture inachevée, c'était le couronnement d'une quête, un aboutissement. J'avais l'impression que ce théâtre m'attendait…
PWeb: A l'ouverture du TIC, fut programmée une oeuvre de Camille Saint-Saëns, 'Henry VIII', symbole d'une volonté très affirmée de réhabiliter le répertoire français du XIXème siècle…
Pierre Jourdan: 'Henry VIII' est une oeuvre somptueuse. La représenter à l'inauguration était emblématique car notre but était de ressusciter certaines oeuvres que notre temps avait écartées. La renaissance de cet opéra accompagnait ainsi la résurrection du théâtre lui-même…
PWeb: Pour quelles raisons ce répertoire reste-il quelque peu délaissé ? L'exemple de Saint-Saëns est particulièrement frappant, voire incompréhensible…
Pierre Jourdan: Après la seconde guerre mondiale, c'est tout le rayonnement culturel de notre pays qui a subi une éclipse. Les causes sont notamment économiques et parallèles aux fluctuations de pouvoir des maisons de disques… Le répertoire français du XIXème siècle a même souffert en France d'une sorte de 'ringardisation'. Aussi devons-nous travailler pour retourner aux sources, et chercher une relecture des oeuvres. La France est historiquement une nation capitale dans l'histoire de la Musique. Le monde continuera à célébrer les joyaux de notre culture si nous sommes capables d'en incarner les intimes spécificités.
PWeb: Pourriez-vous nous décrire ce qui vous touche dans la musique française, ce qui la distingue plus particulièrement ?
Pierre Jourdan: Le style français a le privilège de pouvoir exprimer avec légèreté des choses importantes. Il ménage la transparence et les couleurs, même si le message est profond, voire grave. Techniquement, c'est un style de chant différent, une diction et une orchestration que nous devons repenser avec beaucoup de soin. C'est à cette relecture que le Théâtre Français de la Musique s'attache.
PWeb: Le TFM a été reçu, en novembre 2003, par le Royal Opera House Covent Garden. Un privilège et une reconnaissance pour votre travail. Quel accueil avez-vous eu lors de ces représentations ?
Pierre Jourdan: L'accueil a été formidable. Ce succès nous dit qu'il faut continuer à cultiver nos différences, à être 'pleinement français', comme l'indiquait le Général de Gaulle. Il ne s'agit pas de nationalisme, mais d'exceller en ce qui nous est propre. Ainsi retrouverons-nous notre place sur l'échiquier culturel international.
PWeb: Le programme de Covent Garden comportait deux dates avec 'Pélléas et Mélisande' de Claude Debussy, dans une version accompagnée au piano. Pourquoi ce choix, plutôt qu'un accompagnement par l'Orchestre de Chambre Français Albéric Magnard ou l'Orchestre de Picardie ?
Pierre Jourdan: L'oeuvre fut d'abord écrite par Debussy avec accompagnement de piano. Cette version offre un équilibre parfait entre voix et écriture pianistique. Le public de Londres ne s'y est pas trompé. Il a ovationné, à travers l'essence originelle d'une œuvre, l'excellence du génie musical français.
Interview PicardieWeb.
Pierre-Dominique Duriez.
Photos: Théâtre Impérial de Compiègne.