A proximité du château, le
Théâtre Impérial de Compiègne accueille de grandes manifestations artistiques et musicales. Exceptionnel, tant sur le plan acoustique qu'architectural, ce théâtre voulu par Napoléon III n'ouvrit ses portes qu'en 1991, après plus d'un siècle d'oubli.
Dans les années 1850, Compiègne est un lieu apprécié par la cour du Second Empire. Aux côtés des princes, maréchaux, ambassadeurs et ministres, la fine fleur du monde artistique accompagne le souverain pour de longues suites de festivités. Il existe bien un théâtre construit par Louis-Philippe, mais celui-ci est trop exigu. Décision est donc prise de construire à Compiègne un bâtiment digne de l'opulence impériale. L'architecte Auguste-Gabriel Ancelet est nommé.
C'est un théâtre de Cour que l'on prévoit, et non un espace public comme l'Opéra Charles Garnier qui est édifié au même moment. D'où son apparence extérieure sobre, sans surabondance ornementale, même si la référence désignée est l'Opéra de Versailles selon le voeu de l'impératrice Eugénie. Les travaux débutent en 1867.
Mais en juillet 1870, la guerre éclate entre la France et la Prusse, et l'impensable arrive: C'est la défaite à Sedan. Les travaux sont alors définitivement abandonnés.
L'oeuvre est pourtant d'un intérêt architectural majeur. Un théâtre dont l'ouverture de scène est de 13 mètres, égalant celle du Théâtre du Châtelet. Malgré sa construction très avancée, seuls la décoration et les sièges manquaient, le bâtiment va sombrer dans un sommeil qui durera 120 ans.
1986. Un homme passionné par l'opéra et la culture française est à la recherche d'un lieu pour la représentation et la création musicale: Pierre Jourdan, qui habite la Picardie depuis de nombreuses années, apprend l'existence du théâtre inachevé…
Malgré l'abandon, l'ensemble du bâtiment reste dans un excellent état de conservation. Prévu pour accueillir 1045 personnes, il présente une salle à l'italienne en demi-cercle parfait, avec mezzanine et galeries, une loge impériale de 175 places, accompagnée d'un salon, 'le salon de l'Empereur' qui devait notamment permettre au souverain de recevoir durant les entractes.
La réhabilitation des lieux commence dès 1987. Aux côtés des institutions publiques le mécénat va jouer un grand rôle dans le financement des travaux. Le programme de restauration et l'accueil des fonds est menée par l'association pour le Théâtre Impérial de Compiègne, créée par Pierre Jourdan, parallèlement à celle du Théâtre Français de la Musique qui, elle, doit s'occuper de la programmation des spectacles.
L'inauguration officielle a lieu en septembre 1991 avec la présentation d'une oeuvre de Camille Saint-Saëns, 'Henry VIII', un opéra qui n'avait pas été joué depuis 70 ans ! Une oeuvre emblématique pour la résurrection d'un théâtre oublié, et la renaissance d'un répertoire délaissé…
Le Théâtre Impérial de Compiègne est maintenant un lieu d'éclosion artistique majeur. Un écrin historique d'exception offrant une acoustique considérée comme l'une des meilleures au monde. Il fait de cette ville longtemps prisée par les souverains, un lieu d'émulation culturelle tel que l'avait souhaité Napoléon III.
L'histoire est ainsi faite de rebonds, et voit de justes causes trouver l'accomplissement inespéré de leur destinée.
Pierre-Dominique Duriez.
Photo: Théâtre Impérial de Compiègne.