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Après les guides consacrés au basque, au breton ou au corse, la collection Assimil vient d'éditer 'Le picard de poche'. Un guide pratique et simple d'utilisation qui invite à découvrir les mots clés, les expressions courantes et la culture d'une langue trop longtemps qualifiée de 'patois'. Rencontre avec l'auteur, Alain Dawson, spécialiste de la linguistique picarde.
PicardieWeb: Comment est né votre intérêt pour le picard ? Alain Dawson: Le picard est une langue discrète sur la scène des langues régionales. Il y a vingt ans, elle suscitait peu d'attention: Il y avait là un terrain d'étude presque vierge. Il faut aussi mentionner l'intérêt porté par la maison d'édition Assimil, à l'origine du projet de ce livre, pour cette langue regardée comme un patois il y a encore quelques années.
PWeb: Dès le début du 'picard de poche', vous affirmez que le picard est bien une langue à part entière. Techniquement, quelle différence y a t-il entre une langue et un patois ? Alain Dawson: En tant que linguiste, je n'ai pas de réponse… La réponse est seulement sociétale. Est considérée comme une langue, un parlé que l'on revêt d'attributs juridiques, avec ses conséquences dans l'enseignement ou d'autres activités… Est considéré comme patois un parlé, qui peut-être exactement le même, dont on n'a pas envie de faire une langue… C'est une volonté de la société qui donne un statut de langue à son parlé. S'il n'y a pas, en Picardie, de revendication politique quant à la langue picarde, il demeure sans doute une revendication sociale.
PWeb: Le picard est facile à apprendre ? Alain Dawson: Le picard est proche de la langue française. C'est une langue facile à apprendre. Mais attention, cette proximité peut être source d'erreurs !
PWeb: Quels conseils donneriez-vous, au delà du livre, pour apprendre et pratiquer le picard. Alain Dawson: Si l'on peut rencontrer des locuteurs natifs, il faut les écouter. Sinon procurez-vous des enregistrements audio. On devra également le lire et se rapprocher avantageusement des associations qui font la promotion de la langue picarde. Il en existe une vingtaine en Picardie.
PWeb: Quelles sont les motivations, pour quel usage apprend-on le picard ? Alain Dawson: Apprendre une langue régionale, c'est exprimer l'idée qu'un espace régional existe bien. Que l'uniformité, qu'elle soit linguistique ou culturelle, n'est pas une fatalité… C'est un acte purement gratuit. Que l'on soit de la région ou simplement de passage, en apprendre la langue c'est aussi marquer une sympathie pour tout un environnement et une histoire. Une langue est un des éléments du patrimoine immatériel qui imprègne une région; au même titre que ses paysages, ses modes de vie, ses habitudes culinaires… Un patrimoine discret et omniprésent. Pour saisir pleinement une région, il est bon d'avoir une connaissance au moins élémentaire de la langue qu'elle porte.
PWeb: Comment le picard se transmet-il à notre époque, et quel avenir voyez-vous pour le picard en tant que langue, au delà de son apprentissage dans le cadre de loisirs ? Alain Dawson: Aujourd'hui, le picard continue à se transmettre naturellement, quoique de façon assez inégale selon les régions. Les régions voisines du Valenciennois ou du bassin minier, par exemple, sont bien placées de ce point de vue… En Picardie, il existe des régions de forte vitalité. C'est le cas notamment du Vimeu. Il semble aussi que la transmission effectuée de parents à enfants cède la place à d'autres chemins. Ce peut-être le cas des grands parents vers les petits enfants. Autre phénomène, celui lié à une imprégnation de la langue au moment de l'enfance ou de l'adolescence, qui la voit ressurgir bien après: Nombreux sont ceux qui se découvrent picardisant sur le tard alors que plus jeunes ils ne le parlaient pas.
PWeb: Merci d'avoir accordé cette entretien à PicardieWeb… Alain Dawson: …Ech portal ed tout l'Picardie dsu chl'arnitoèle ! *
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Interview PicardieWeb. Pierre-Dominique Duriez. Illustration: Assimil.
Alain Dawson - 'Le picard de poche' (Assimil évasion). Remerciements à Anne Martelle pour avoir permis cette interview dans le cadre des Jeudis du Livre de la Librairie Martelle Amiens.
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