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Parmi les plus puissants témoignages de la 'Grande Guerre', il y a ces vues stéréoscopiques présentées au Musée de l'Armistice à Compiègne. Des photographies en relief qui nous entraînent au centre d'un conflit apocalyptique. Documents d'archives pour l'histoire et formidables catalyseurs d'une réflexion sur la guerre.
Réunies pour l'essentiel grâce aux dons de particuliers, les quelques 700 vues stéréoscopiques accessibles au public, parmi les 36.000 en possession du musée, sont exposées dans leurs appareils d'origine. D'abord présentées autour du Wagon de l'Armistice, elles furent installées dans la crypte au cours des années 50.
Trente stéréoscopes, soigneusement entretenus, qui offrent libre accès à un thème ou une localité touchée par le conflit. Trente portes d'entrée sur des univers dantesques, quotidiens des soldats et populations de la 'Der des Ders'.
Ces stéréoscopes, avec leurs images en relief couleur sépia ou gris bleuté, sont comme des machines à remonter le temps. Spectateur impuissant, le visiteur rejoint les villages bombardés de l'Aisne, de l'Oise, de la Somme, ou d'autres zones d'hostilités comme la Meuse, l'Artois, la Belgique.
Nature dévastée aux paysages lunaires, tranchées étroites, routes cimetières jonchées de véhicules calcinés, chemins de boue menant à des églises éventrées… La qualité des images et leur profondeur de champ, ajoutée à l'intimité de l'expérience - le regard s'isole au dedans des boîtiers stéréoscopes - concourent à une expérience unique et révélatrice que peu de film ou de documentaire savent délivrer.
Les prises de vues étaient exigeantes pour l'opérateur qui, outre les conditions d'un photographe de guerre, avait besoin de temps pour des poses très longues. Une condition 'd'arrêt sur image' qui participe, avec le relief, à créer un effet saisissant de statuaire. Les personnages de ces clichés apparaissent souvent comme pétrifiés, et leurs âmes fantomatiques. Le 'prisonnier à la soupe dans l'Oise', photo présentée ici, visage d'un marbre lissé, impavide, laisse une impression d'immuable résignation dans sa captivité et le drame de son temps.
Les scènes que l'on retrouvera dans les stéréoscopes du Musée, témoignent de multiples aspects d'une guerre emblématique, la 'Grande Guerre', qui fut un tournant dans l'histoire moderne. Les premiers chars impliqués dans un conflit furent déployés dans la Somme par les anglais. D'autres suivront, comme les chars français de Renault. On trouvera des vues prises à l'intérieur même des engins: Avant, l'angle nous place parmi ses occupants, mal à l'aise dans l'univers confiné d'une mécanique froide et primitive. Après, véhicule stoppé dans son élan, tôles arrachées suintant l'huile et la crasse, cabine à ciel ouvert, sans âme qui vive.
Les stéréoscopes du Musée de l'Armistice offrent une possibilité unique dans notre région d'appréhender très directement une déchirure historique. Une guerre qui déterminera pour longtemps une part de l'identité régionale en Picardie.
Pierre-Dominique Duriez. Photo: Musée de l'Armistice.
Remerciements au Capitaine Le Goaër, du musée de l'armistice.
Musée ouvert tous les jours sauf le mardi. Renseignements: Tél. / Fax. 03 44 85 14 18.
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