Face à la crise persistante de la surpopulation carcérale, deux sites en Picardie, Laon et Liancourt, ont été choisis par le ministère de la Justice pour accueillir des prisons modulaires. Un dispositif rapide et économique qui alimente les débats sur les futures orientations de la politique pénitentiaire.

Un dispositif inédit pour moderniser le système carcéral français
Dans le cadre de l’engagement présidentiel visant à créer 15 000 nouvelles places de prison, deux centres pénitentiaires en Picardie intégreront prochainement des modules préfabriqués, une première dans la région. Les sites de Laon (Aisne) et Liancourt (Oise) font partie des 17 établissements français retenus pour accueillir ces infrastructures innovantes.
Ces prisons modulaires, fabriquées en usine et assemblées sur site, visent à répondre à une crise endémique de la surpopulation carcérale, dénoncée depuis plusieurs années. Actuellement, plus de 70 000 détenus s’entassent dans des établissements où les conditions de vie sont souvent critiquées par les organisations de défense des droits humains.
Une solution rapide et économique face à l’urgence
Alors que la construction d’une prison traditionnelle nécessite environ sept ans, celle d’une structure modulaire peut être achevée en 18 mois seulement, grâce à une méthode standardisée et industrialisée. En déplacement en mars dernier dans une usine de Crépy-en-Valois (Oise), le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, expliquait : “Une place en prison classique coûte environ 400 000 €, alors qu’une place en préfabriqué coûte 200 000 €, soit deux fois moins cher.” La modularité et la rapidité de conception permettent ainsi de réduire les coûts tout en respectant le calendrier exigeant fixé par le gouvernement.
Le premier établissement modulaire, situé à Troyes-Lavau, doit ouvrir en automne 2026 et sera l’exemple d’une série d’autres projets similaires. Pour les sites de Laon et de Liancourt, les détails concernant le nombre exact de places créées ou les dates de début des travaux restent encore à préciser. Cela fait néanmoins partie d’un plan plus large : 1 500 places nouvelles sont promises à être livrées avant 2027, avec un objectif final de 3 000 places d’ici 2030.
Un objectif partiellement atteint pour Emmanuel Macron
En 2017, le président de la République Emmanuel Macron s’était engagé à construire 15 000 places supplémentaires dans un délai de dix ans. À un an de l’échéance, seuls 5 000 nouveaux lits ont été mis à disposition. La technique des modules préfabriqués est donc perçue comme une solution rapide pour tenter de rattraper ce retard.
Cependant, ce virage stratégique ne fait pas l’unanimité. Claire Hédon, Défenseure des droits, critique cette approche orientée uniquement sur le nombre de cellules à ajouter. Elle plaide pour un développement des alternatives à l’incarcération, comme les aménagements de peine, la réduction des procédures comme la comparution immédiate, ou encore une limitation de l’usage de la détention provisoire. Selon elle, construire des prisons, même économiques, ne réglera pas les dysfonctionnements structurels d’un système engorgé.
Une réforme sous tension
Si cette innovation promet d’alléger la pression sur les établissements existants, elle soulève également des questions majeures : ces prisons modulaires assureront-elles des conditions de vie dignes pour les détenus et un environnement de travail sécurisé pour le personnel pénitentiaire ? Quels projets seront menés en parallèle pour prévenir la récidive et favoriser la réinsertion ?
Le temps presse pour le gouvernement, qui cherche à concilier réalisme budgétaire et défi sécuritaire. Mais les critiques de la société civile rappellent qu’une politique carcérale ne se résume pas à multiplier les murs et les cellules.
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