Une décision importante vient marquer un tournant sécuritaire à Amiens. Le maire, Hubert de Jenlis, a confirmé mardi soir que les agents de police municipale seront désormais autorisés à porter des armes létales de catégorie B, après une formation obligatoire. Une mesure qui soulève des débats à plusieurs niveaux.

Une réponse à l’évolution de la délinquance
Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, le maire d’Amiens, Hubert de Jenlis, a justifié la décision de doter la police municipale d’armes létales. Ce choix s’explique, selon lui, par une hausse préoccupante de la délinquance et des violences subies par les forces de l’ordre. “Amiens, comme d’autres villes de France, fait face à une transformation de la criminalité qui menace nos concitoyens et notre qualité de vie”, a-t-il déclaré, insistant sur la nécessité pour la police municipale de disposer des moyens adaptés pour protéger les Amiénois.
La mesure concerne des armes de catégorie B, telles que les revolvers et certaines armes à feu d’épaule, mais nécessite une formation approfondie pour tout agent souhaitant s’en équiper. En termes de chiffres, 27 000 policiers municipaux travaillent sur le territoire français, mais seuls 10 % étaient armés en 2024. Amiens amorce donc une transition notable dans ce cadre.
Une mesure entre soutien et controverse
La décision d’armer la police municipale d’Amiens ne fait pas l’unanimité. Damien Toumi, engagé dans la course à la mairie sous l’étiquette du Rassemblement national, s’est montré favorable, bien qu’il regrette un manque d’anticipation. Il estime cette mesure tardive au vu du climat sécuritaire en dégradation.
À l’inverse, Frédéric Fauvet, conseiller départemental et candidat du Parti socialiste aux municipales de 2026, critique ce qui lui semble être une opération électoraliste à quelques mois des élections. Il fustige un bilan sécuritaire jugé “catastrophique”, arguant que le maire mise sur des symboles sans traiter les causes profondes de l’insécurité. “Il ne suffit pas d’armer la police municipale pour résoudre tous les problèmes”, a-t-il affirmé.
Une nouvelle étape dans la politique sécuritaire
La décision d’introduire des armes létales survient après une première étape amorcée en 2024 avec l’autorisation du port de pistolets à impulsion électrique (PIE). Initialement réservée à certaines plages horaires, cette mesure avait été saluée comme un compromis entre efficacité et limitation des risques létaux, bien que critiquée par plusieurs ONG, dont l’ONU, qui avait par le passé assimilé l’usage des Taser à une forme de torture.
Hubert de Jenlis, tout en défendant sa décision actuelle, avait assuré à l’époque qu’Amiens n’envisageait pas de montée en puissance dans l’armement de sa police. Ce revirement stratégique témoigne du climat d’insécurité pressenti par l’administration locale.Armes létales pour la police municipale d’Amiens
Vers une reconfiguration des polices locales
Cette évolution s’inscrit dans un débat national sur l’armement des polices municipales, déjà amorcé dans plusieurs grandes villes françaises. Alors que certaines communes vantent une dissuasion accrue, d’autres, comme des voix issues de l’opposition à Amiens, appellent à des solutions alternatives fondées sur la prévention et le renforcement du lien social.
La prochaine phase consistera à former les agents, dans le respect des protocoles imposés par la loi, tout en scrutant l’impact que cette mesure aura sur le sentiment de sécurité des Amiénois. La question reste néanmoins entière : jusqu’où aller dans l’équipement des forces locales sans provoquer une escalade ou exacerber les tensions sociales ?
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