Amiens – En ce froid matin de décembre, une quinzaine de jeunes ont été contraints de quitter un squat situé dans un immeuble désaffecté, à quelques pas de l’Hôpital Nord. Une évacuation qui soulève des inquiétudes en pleine saison hivernale et relance le débat sur le droit au logement.

Une expulsion délicate au cœur d’Amiens
Au 45 rue Émile Lesot, à Amiens Nord, les trottoirs sont jonchés de valises et de sacs, vestiges d’une vie temporaire brutalement interrompue. Ce mardi 10 décembre 2024, dès les premières heures, un huissier, accompagné des forces de police, a signifié l’ordre d’évacuation à une quinzaine d’occupants. Peu après, des ouvriers s’affairaient déjà à murer fenêtres et portes du bâtiment.
Cet immeuble, propriété de la Société Immobilière Picarde (SIP), était voué à la démolition d’ici 2025. Les occupants, en majorité étudiants, précaires ou intérimaires, y avaient trouvé refuge depuis plusieurs mois, y voyant une solution temporaire face à leur impossibilité de se loger dans le marché locatif traditionnel.
Paul (prénom d’emprunt), l’un des squatters, explique : « Personne ici n’a les moyens de payer un logement. On occupe cet immeuble car il ne devait pas être détruit avant l’année prochaine. Il n’y avait aucune urgence à nous mettre dehors. Aujourd’hui, quinze d’entre nous se retrouvent sans toit. »
“Un bailleur tel que la SIP respecte la loi”
De son côté, la SIP défend fermement sa décision, soulignant que toutes les démarches légales avaient été respectées. « Une procédure judiciaire a été engagée il y a plusieurs mois. Les occupants ont eu droit à un délai et ont pu défendre leur position devant un juge. La justice a tranché en notre faveur », explique Laurent Dal, directeur des ressources.
Le bailleur insiste également sur le caractère insalubre et dangereux des lieux. « Le bâtiment n’avait ni eau courante, ni électricité, ni sanitaires. Les conditions de vie étaient indécentes et représentaient un risque pour la sécurité. »
Une évacuation en plein hiver qui fait débat
Cette expulsion en plein mois de décembre, alors que le thermomètre chute drastiquement, suscite une vague de réactions. Les associations de défense du droit au logement dénoncent une situation où des individus vulnérables se retrouvent privés d’un abri. Les anciens occupants s’efforcent de trouver des solutions d’urgence pour ne pas passer la nuit à la rue.
Dans un contexte où le manque de logements abordables devient une problématique nationale, cet événement interroge sur les responsabilités des pouvoirs publics et des bailleurs envers les personnes en grande précarité.
Une illustration des défis du logement en France
Alors que cet épisode illustre les tensions croissantes entre lois sur la propriété et urgence humanitaire, les acteurs locaux appellent à des solutions pérennes. La situation de ces quinze jeunes rappelle avec acuité les fractures sociales et économiques qui se jouent derrière les murs des grandes villes françaises.
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