Laon, 22 septembre 2025 – Le tribunal de la cour d’assises de Laon s’apprête, à compter de ce lundi, à revoir l’un des plus vieux “cold cases” de l’histoire judiciaire française. Pascal Lafolie, 58 ans, comparaîtra pendant trois jours pour répondre du meurtre de Nadège Desnoix, une lycéenne brutalement assassinée en 1994. Une vérité arrachée au silence grâce à la science, mais qui laisse encore des zones d’ombres.

Un meurtre mystérieux resté pendant trois décennies dans l’oubli
Le 31 mai 1994, le corps de Nadège Desnoix, 17 ans, est retrouvé gisant sous des feuillages sur un chemin reliant son domicile à son lycée de Château-Thierry, dans l’Aisne. La jeune fille avait été poignardée à plusieurs reprises. À ses côtés : une cordelette en nylon et une rose fraîchement cueillie. Une scène macabre qui marquera les esprits, mais laissera les enquêteurs dans une impasse.
Malgré la mobilisation policière et des pistes explorées à l’époque, notamment celle du tristement célèbre tueur en série Michel Fourniret, l’affaire s’éteint faute d’indices probants. Pendant près de 27 ans, l’identité du meurtrier reste un mystère.
L’empreinte ADN : un rebondissement inattendu en 2021
En 2021, tout bascule lorsque des experts examinent à nouveau les scellés de l’époque. L’ADN, prélevé à l’époque sur un chouchou trouvé dans les cheveux de la victime, refait parler de lui. Le profil génétique identifié correspond à celui de Pascal Lafolie, un quinquagénaire vivant en Seine-et-Marne, déjà connu de la justice pour des faits de violences sexuelles. Son ADN avait été enregistré dans une base de données à la suite d’une enquête sur des violences conjugales.
Placé en garde à vue, Lafolie reconnaît dans un premier temps les faits, expliquant que “tout a dérapé”. Mais il reviendra plus tard sur ses déclarations, évoquant des “trous de mémoire”. Il ira même jusqu’à prétendre que son frère, aujourd’hui décédé, était impliqué. Une hypothèse que les enquêteurs ont toutefois écartée, soulignant une probable stratégie visant à diluer ses responsabilités.
La douleur d’une famille en quête de vérité
Pour la famille de Nadège Desnoix, ces 31 années d’attente ressemblent à un interminable calvaire. Aux côtés de leur avocat, Me Gérard Chemla, les proches espèrent trouver des réponses et une forme d’apaisement. “C’est comme si tout cela s’était passé hier”, confie-t-il. Quant à la mère de la victime, elle vit ce procès comme une étape essentielle, elle qui a attendu, pleine d’espoir, ce moment “avec beaucoup d’impatience”.
Pascal Lafolie : accusé ou manipulateur ?
Si l’accusation se base sur un ADN accablant, la défense, menée par Me Justine Devred, met en avant les incertitudes entourant les souvenirs de son client. Elle évoque, entre autres, des pertes de mémoire qui remonteraient aux années 1990. Pascal Lafolie affirme toutefois qu’il n’avait pas l’intention de tuer et rejette toujours toute responsabilité dans l’agression.
Pourtant, son passé judiciaire le rattrape : il avait déjà été condamné en 1997 et en 2002 pour des violences sexuelles, dans des circonstances reflétant étrangement celles de l’assassinat de la lycéenne.
Un procès pour tourner la page
Ce procès, au-delà de la volonté de justice, pose des interrogations sur l’avancée des enquêtes non résolues grâce aux progrès scientifiques, notamment l’analyse d’ADN. Si cette technologie a permis de débloquer l’enquête, elle alimente aussi les débats sur les limites de la mémoire humaine et les reconstitutions plusieurs années après un drame.
La décision attendue mercredi 24 septembre devrait apporter une issue juridique à une affaire qui a marqué toute une région. Mais pour la famille de Nadège, le poids du deuil restera à jamais indélébile, 31 ans après cette funeste journée de 1994.
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