Du 17 au 19 novembre, la petite commune d’Eppes dans l’Aisne, non loin de Laon, vit au rythme d’une opération de déminage d’ampleur. Après la découverte de centaines d’obus allemands de la Première Guerre mondiale dans un champ agricole, une partie du village a été évacuée par précaution. Retour sur un scénario exceptionnel, entre mémoire historique et impératifs de sécurité.

Un retour inattendu du passé sur un champ de pommes de terre
C’est lors d’un labourage en mars dernier que François Cornet, agriculteur à Eppes, a déterré ce que l’on redoutait sans oser l’imaginer : un véritable nid d’obus vieux de plus d’un siècle. Habitué à remonter de temps à autre quelques munitions dans ses parcelles, il n’avait jamais fait face à une telle quantité. Alerté par les anciens du village sur la possible présence d’un dépôt, l’agriculteur confie à France 3 Régions qu’”un nid comme ça, jamais vu”.
Un défi logistique et sécuritaire hors-norme
Sitôt le dépôt révélé, les autorités menées par le commandant Gilles Soreau, chef du centre de déminage de Laon-Crépy, ont orchestré la sécurisation des lieux. 585 obus allemands, pesant à eux seuls près de 4 tonnes pour 550 kilos d’explosifs purs, doivent être retirés et détruits, alors même que des habitations sont situées à moins de deux cents mètres.
À la différence de précédents événements, comme en 2021 à Levergies (évacuation totale pour 1 500 munitions et 27 tonnes), le plan prévoit ici un périmètre d’évacuation de 0 à 200 mètres autour du dépôt, et un confinement de 200 à 400 mètres. François Bouillé, maire du village, confirme que 80 habitants (sur 450) sont directement concernés et doivent adopter des consignes strictes : quitter leur domicile, fenêtres entrouvertes, volets fermés, pour éviter des projections en cas d’explosion.
Une mobilisation exemplaire des autorités et de la population
Depuis des semaines, la municipalité, les gendarmes, les démineurs et les habitants d’Eppes travaillent de concert. Une enquête de proximité a été menée pour identifier les foyers à risque, recueillir les coordonnées des résidents, recenser les personnes à mobilité réduite. Des réunions d’information se sont succédées afin de préparer la population, sensibiliser aux consignes et minimiser l’inquiétude.
Pas question de prendre le moindre risque : ne pouvant prédire la stabilité chimique d’obus centenaires, les experts préfèrent privilégier la prudence. Comme l’explique le commandant Soreau : « On imagine le pire scénario pour un minimum de risque, même si le dépôt a reposé cent ans dans la terre. »
Un héritage de la Grande Guerre qui façonne la région
Dans cette zone à l’arrière du front de 1914-1918, la découverte d’obus n’est pas rare, rappellent les autorités. Eppes, traversée par une ancienne ligne de chemin de fer, a servi de base arrière pour le ravitaillement des soldats. Ces dépôts abandonnés témoignent de l’histoire mouvementée de l’Aisne et de son lien indéfectible avec la Première Guerre mondiale. Les obus déterrés, principalement de calibre allemand 7,7 cm, n’ont jamais été tirés — et donc n’en sont que plus dangereux.
Une opération qui marque mais ne surprend pas les villageois
Si la vie d’Eppes est quelque peu chamboulée durant ces trois jours intenses, le maire François Bouillé assure que la population, consciente du poids de l’histoire locale, le vit plutôt sereinement. Après extraction, les munitions seront rapidement détruites pour clore définitivement ce pan de mémoire… et garantir la sécurité des futurs labours.
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