Soissons (Aisne), janvier 2026 : en plein travaux d’assainissement, les engins s’arrêtent net. Sous la chaussée, une base de colonne d’époque romaine, lourde d’environ quatre tonnes, oblige la municipalité à mettre le chantier en pause. Sur place, les équipes de l’Inrap tentent désormais d’identifier la nature exacte du vestige — et surtout le bâtiment monumental auquel il appartenait.

Une découverte rare sous les rues de Soissons
Le vestige a été mis au jour lors de fouilles préventives réalisées avant la poursuite des travaux. Les archéologues décrivent un bloc en calcaire dense et coquillier, matériau courant dans l’architecture antique régionale, mais ici travaillé à une échelle inhabituelle.
Interrogée par France 3 Régions, Laurie Fallet, archéologue à l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), explique la méthode : d’abord caractériser la pierre, puis relever les traces d’outils, de taille et de façonnage, avant l’enregistrement complet et l’identification fine.
Une colonne d’ordre dorique… et des dimensions hors norme
Le diagnostic stylistique est déjà posé : la colonne serait d’ordre dorique, un registre architectural ancien, reconnaissable à sa sobriété et à ses proportions.
Interrogé par France 3 Régions, Richard Frontin (Inrap) détaille une base d’environ 82 cm de diamètre, pour une hauteur estimée entre 8 et 10 mètres, reposant sur un socle lui-même monumental. Un gabarit qui laisse envisager un édifice majeur : temple, basilique ou bâtiment public lié à une fonction politique et religieuse.
Temple, portique, forum : les hypothèses sur la table
À ce stade, une partie seulement du vestige a été dégagée. Les archéologues prévoient un élargissement des sondages, par « fenêtres », afin de vérifier si la base s’inscrit dans un ensemble :
- un alignement de colonnes type portique,
- des fondations maçonnées,
- d’autres éléments d’élévation, voire des niveaux de sol conservés.
La découverte est d’autant plus précieuse qu’elle pourrait aider à localiser des points encore mal identifiés de la ville antique, comme le forum ou certains temples majeurs.
Soissons, capitale des Suessions : une pièce de plus dans le puzzle
Les chercheurs rappellent que Soissons fut un centre important des Suessions, peuple gaulois dont la cité a conservé une empreinte durable à l’époque romaine. Des indices d’édifices (théâtre, sanctuaires) étaient connus depuis longtemps, mais cette monumentalité relance les débats sur l’organisation urbaine antique.
Le secteur Saint-Crépin — notamment autour de la rue Pasteur et du boulevard Alexandre Dumas — pourrait ainsi correspondre à une zone élitaire, où se concentraient pouvoirs et cultes.
Et après ? Une mise en valeur annoncée
Une fois l’étude achevée, le vestige pourrait être exposé en extérieur, protégé par une cloche et accompagné d’une plaque explicative, voire d’un schéma de restitution. Les archéologues n’excluent pas la possibilité de trouver une seconde base ou d’autres éléments associés, tant la logique architecturale plaide pour un ensemble plus vaste.
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