four a pain gallo romain blangy

Près d’Amiens, cinq fours gallo-romains relancent l’énigme du pain

À Blangy-Tronville (Somme), aux portes de Samarobriva (l’actuelle Amiens), une fouille préventive menée au printemps 2025 – dans la zone du pôle Jules Verne appelée « Au-Dessus du Canada » – a fait surgir un site inattendu : cinq fournils gallo-romains remarquablement conservés, associés à un vaste habitat rural et à des nécropoles gauloises plus anciennes. Une découverte qui dessine les contours d’une possible boulangerie “industrielle” avant l’heure… mais dont le circuit de distribution reste à éclaircir.

fours a pain antiques blangy tronville
Des fours à pain antiques remarquablement conservés à Blangy-Tronville (©INRAP)

Une fouille liée à un projet de parc d’activités

L’intervention archéologique s’inscrit dans le projet d’aménagement d’un parc d’activités porté par la CCI Amiens-Picardie. L’État a prescrit une fouille sur 3,2 hectares, réalisée par l’Inrap entre mars et juillet 2025, dans un secteur déjà très documenté : depuis 1996, les recherches autour du pôle Jules Verne couvrent environ 240 hectares sur les communes de GlisyLongueauBoves et Blangy-Tronville.

Interrogé par France 3 RégionsRichard Rougier, directeur adjoint scientifique et technique de l’Inrap pour la Picardie, rappelle que ces opérations sont systématiques dans ce périmètre promis à de futures constructions.

Des nécropoles gauloises avant l’habitat gallo-romain

Sous les niveaux gallo-romains, les archéologues ont identifié trois nécropoles à incinérations : 25 tombes réparties en trois groupes, séparés de 160 à 300 mètres. Les dépôts funéraires (céramiques, faune, fibules, et parfois une panoplie de toilette comprenant rasoir et pinces) renvoient à la période de La Tène, avec des datations allant de La Tène C1 (vers 250-180 av. n.è.) à La Tène D2 (vers 80-50 av. n.è.).

Fait notable : ces espaces funéraires semblent “satellites”, éloignés d’un habitat clairement associé, un schéma déjà observé localement, parfois en alignement le long d’anciens chemins.

Un établissement rural structuré, avec enclos et bâtiments légers

À partir du Ier siècle, une occupation gallo-romaine se superpose au paysage funéraire sans le bouleverser, comme si les tombes restaient encore visibles au moment de l’implantation. L’habitat se déploie sur près de 180 mètres, en plusieurs secteurs :

  • un enclos pentagonal d’environ 1 360 m²,
  • deux grandes zones vides (interprétées comme espaces d’usage, possiblement liés au bétail),
  • et des ensembles d’habitat avec fonds de cabane, fosses, puitscaves partiellement maçonnées, traces de grenier et constructions sur poteaux.

Au sud, une structure sur quatre très gros poteaux, étonnamment massive pour une faible surface, pourrait correspondre à une tour.

La découverte clé : cinq fournils, dont trois ateliers très élaborés

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C’est l’alignement et la conception de cinq ateliers de cuisson qui captent l’attention : trois au nord et deux au sud. Tous sont des structures excavées, combinant un espace de travail (fermentation, façonnage) et un four à sole horizontale sous coupole.

Les deux fournils du sud, plus modestes, côtoient déjà des éléments techniques parlants : muretcendrier, accès aménagé, poteaux suggérant un abri léger.

Mais au nord, les trois ateliers apparaissent comme de véritables unités spécialisées : fosses profondes, parois en partie maçonnées (craie et silex), banquettes supportant les fours, traces d’aménagements internes évoquant des équipements (tables, étagères, pétrins). Plusieurs fours ont même été reconstruits jusqu’à trois fois, signe d’un usage durable.

L’un d’eux présente un dispositif assimilable à un support de chauffe-eau, par analogie avec des installations connues à Pompéi et Lyon — un indice supplémentaire d’une organisation technique avancée.

Une boulangerie à vocation commerciale… mais pour qui ?

Le volume des installations et leur cohérence posent une question centrale : ces fournils produisaient-ils du pain uniquement pour la communauté locale, ou pour un marché plus large ?

Les archéologues envisagent une fonction commerciale, d’autant que le site se trouve à proximité de deux voies romaines et de deux villae situées à environ 600 mètres. Reste une énigme : pourquoi ce type de boulangerie, attesté par quelques exemples régionaux, paraît-il si rare ailleurs dans des contextes comparables ?

Selon Richard Rougier (Inrap), les voûtes en terre, fragiles, imposent une fouille entièrement manuelle, et des études complémentaires doivent préciser la chronologie exacte des fours et leur fonctionnement simultané ou non. Stéphane Gaudefroy, responsable scientifique de l’opération, élargit notamment la comparaison à d’autres sites et aux sources antiques.

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